Réponse
: Dans le Silence de votre Nature Véritable, acceptez
de vous asseoir à même la poussière et les cendres de
vos certitudes. Toute douleur peut se résorber dans
l'Abandon. La grâce est imminente…
Question
: Le coureur n'est plus, que manque t-il à ce cœur encore
meurtri, afin qu'il ne se croit plus en devenir ?
R
: L'éveillé est séparé du coureur par un fin cheveu
transparent au travers duquel il voit celui dont il
se sent le frère, si proche, conscient qu'ils sont tous
deux au même endroit, au même moment.
Q
: En écoutant ces derniers mots, je sens un déchirement
terrible dans mon cœur, un flot d'images passées, fulgurantes,
vient de me transpercer… Je ne sais quoi dire !
R
: C'est le voile de la « séparation » qui
se déchire, le vôtre, celui de milliards d'hommes à
travers vous. Le coureur se retire, il projette une
dernière fois la peur de l'éloignement. Il est cet être
cher, universel et inconnu dont nous avons un souvenir
irréel et qui agite une dernière fois la main dans la
mémoire immortelle des hommes. Cesser la course est
une autre séparation. Une nostalgie nous saisit parfois
au moment de quitter ce qui doit être abandonné. Si,
au moment d'abandonner ce corps que nous avons si longtemps
pris pour nous-même, nous avons un frémissement, nous
reconnaîtrons cette même nostalgie et repenserons à
toutes ces choses que nous avons célébrées ensemble,
à la tristesse qui saisit la petite personne lorsqu'elle
se voit déchirée comme si une partie d'elle-même était
irrémédiablement sectionnée. Nous nous souviendrons
les uns des autres, comme notre Nature Véritable sait
se souvenir de l'Unité des êtres. Nous serons au seuil
d'être réellement ensemble. Vous êtes comme tous ceux
qui ont fait le choix - ou qui ont laissé le choix se
faire - de la sagesse. Et j'utilise ce dernier mot pour
désigner tout autre chose que ce que le mental peut
en faire. Le jaillissement sans principe ni morale restaure
la Vie là où la pensée, crispée sur ces sillons, avait
répandu la mort.
Q
: Va t-il me falloir communiquer ce qui s'est produit
ici ?
R
: Etre. Ne rien être. Etre espace ouvert. Transmettre
ce qui n'existe pas l'instant d'avant et n'existera
plus l'instant d'après. Produire l'ouverture à partir
de rien. Blanc de toute intention. Libre de toute destination.
Sans projection. Dans l'espace de la présence ouverte
naît une vérité éphémère dont le transmetteur n'est
ni l'auteur ni le propriétaire... et le destinataire
que le réceptacle (parfois inconscient) de sa propre
origine...
Q
: Oui.
R
: Nos échanges ont maintenant le goût de la simplicité.
La parole est émise et reçue avec un même cœur. Q :
Je me sens plus proche du sens que des mots à présent.
R
: Jusque-là, vous regardiez un millimètre à côté de
ce qui vous était montré, à chaque fois. Et cela suffisait
pour que nous ne parlions pas de la même chose. Mes
mots ne disaient que : « Je vous attends à un
millimètre ! ».
Q : Franchir ce millimètre encore illusoire dans sa
distance est le chemin que je poursuivais à grandes
enjambées loin de moi-même…
R
: Je suis un peu comme cet homme, vous savez, celui
qui montre la lune avec son doigt. L'homme a souvent
montré la lune et il connaît les chercheurs qui lui
demandent de la voir. Il connaît leurs complications.
Il dit : « Ne regardez pas le doigt qui montre
la lune, voyez la lune qu'il pointe ! ». Mais,
inévitablement, il y en a toujours un qui demande :
« Pourquoi dites-vous doigt et pas « index
» ? ».
Q
: Il me semble avoir toujours eu conscience de cela
et avoir feint en même temps de ne pas le voir ! Il
reste encore tant de questions…
R
: Accueillez le mystère, l'irrésolu…
Q
: J'ai parcouru un espace infini sans bouger, et ce
mouvement qui me rapproche de moi-même semble pourtant
sans fin, comme s'il y avait toujours une marche de
plus à descendre, toujours une de plus sans que cela
puisse être assimilé à la course.
R
: Il y a toujours une marche à descendre. Cela n'est
pas un constat d'échec mais celui de la Descente Eternelle
vers Soi, qui est une Joie. Descendre signifie «
simplifier », toujours simplifier.
Q
: Où êtes-vous… vous fermez les yeux ?
R
: Je suis au plus près. Assis au bord du torrent, avec
vous, dans la contemplation muette et joyeuse de ce
qui ne bouge pas au cœur de ce qui bouge.
Dessin
©
Joël Vissac
240
pages